Here We Are Écriture Thérapeutique

Le cauchemar.

6 octobre 2021

Six heures trente, affiche l'horloge du salon. Je dois me dépêcher si je ne veux pas être en retard. J'ai cours des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) à sept heures et notre professeur déteste les retardataires.

Je cours vers la cuisine prendre le pain à l'avocat que maman m'a fait, retourne dans la chambre des parents leur dire au revoir après avoir pris mon petit déjeuner, ramasse mon sac à dos et sors de la maison presqu'en courant. Je marche le plus vite possible et hèle le premier zem que j'aperçois. Il ne me voit pas et poursuit son chemin. Je continue de marcher pour atteindre la voie pavée, plus fréquentée que ma minuscule von. 

J'en aperçois un autre que je hèle aussi. Celui-ci me voit.

— Bonjour kèkènon. Lycée la Prospérité.

Il hoche la tête comme pour dire "monte".

— Combien ?

Deux-cent cinquante francs.

Aïe. Je n'ai que cent cinquante francs sur moi. Va-t-il accepter ?

— Cent cinquante kèkènon.

Il hésite en me regardant. Je me sens rapidement découragée. S'il n'accepte pas, je serai définitivement en retard et punie.

— Monte.

— Merci kèkènon, dis-je avec un grand sourire, empli de reconnaissance.

Je m'installe sur la moto et lui fais signe de démarrer une fois que je suis bien assise. Il démarre et m'aide à atteindre ma destination de manière plutôt fluide. Sa vitesse était constante et sa conduite agréable.

Ce trajet m'a détendu. Je descends, le paie et le remercie une fois encore.

La sirène de l'école sonne presqu'au même moment. Je cours pour atteindre ma classe au plus vite. C'est peut-être la première sirène mais c'est risqué pour moi.

Pendant ma course, je sens un certain inconfort au niveau de mon entre-jambes. Que se passe-t-il ? Je n'ai pas le temps d'y prêter attention. Je vois le professeur venir de l'autre côté de la cour.

Je me faufile comme un ninja dans la classe pour qu'il ne me voie pas et rejoins ma place dans le silence.

Ma camarade de table me lance un regard interrogateur.

— Il est là ? demande-t-elle.

— Oui.

Elle grimace et grince des dents.

— Il ne peut pas être en retard pour une fois celui-là ? demande-t-elle en levant les yeux au ciel.

— Je suppose que non, réponds-je en souriant.

Quand on parle du loup...

Celui-ci vient de faire son entrée dans la classe. Nous nous levons comme un seul homme pour le saluer. Il nous regarde à peine et nous demande de nous asseoir d'un signe de la main.

— Où nous sommes-nous arrêtés ? Responsable ? Cahier de textes !

Et voilà. Les trois prochaines heures seront ennuyeuses.

— Il fait quelle heure ? demande Cindy, ma camarade de table.

— Je ne sais pas. Attends, je demande à Jérôme.

Jérôme est l'un de nos camarades de classe. Il est deux tables devant nous et il ne sort jamais sans sa montre.

— Jérôme, quelle heure fait-il s'il te plaît ? dis-je une fois que j'ai pu intercepter son regard qui se promenait par ici.

— Neuf heures dix-huit, dit-il en faisant en sorte que sa voix ne porte pas trop.

Je le remercie d'un hochement de tête et me reconcentre sur Cindy.

— Neuf heures dix-huit.

— Depuis là ? Ce cours est tellement ennuyant que j'ai envie de me jeter par la fenêtre.

Je pouffe de rire. Elle est toujours dans l'exagération.

— Ah mais attends, dit-elle. 

Elle se fige et sniffe dans l'air.

— C'est quoi cette odeur ? 

— Quelle odeur ?

Je sniffe à mon tour mais je ne sens rien.

— Si, il y en a une ! insiste-t-elle.

Elle tapote l'épaule de Fousseni, celui qui est juste devant elle.

— Fouss, ne sens-tu pas cette odeur ?

— Quelle odeur ? demande-t-il en se retournant vers nous.

— Je n'en sais rien.

— Ah mais c'est vrai, il y a une odeur ! finit par dire Fousseni en sniffant à son tour.


En quelques secondes, ça dégénère. Toute la classe sauf moi se met à sniffer. Je suis la seule à ne pas percevoir l'odeur dont ils parlent. Ça m'inquiète.

Je soulève mes bras pour voir si l'odeur ne vient pas de sous mes aisselles. Je ne sens rien.

Au fur et à mesure qu'ils sniffent, l'inconfort dans mon entre-jambes s'accentue. Je baisse la tête et voit avec horreur mon kaki mouillé ou dirais-je tâché et des petites mouches qui tournent autour de moi. J'essaie de les chasser en vain.

Mes camarades et mon professeur me lancent un regard accusateur.

— L'odeur, c'était toi, disent-ils en cœur en me pointant du doigt.

— Quoi ? Quoi ? Non, ce n'est pas moi. Non !

La claque que je reçois sur le mollet me ramène sur terre.

— Réveille toi, le professeur arrive bientôt.

— Hein ? dis-je en me levant difficilement.

Cindy me regarde bizarrement.

— Tu es venue super tôt aujourd'hui mais si c'est pour te rendormir, laisse tomber.

— Dormir ? Le cours n'a pas encore commencé ?

— Non. Tu es venue avant moi aujourd'hui. Tu n'as pas dormi cette nuit ?

— Ah, si si. Ou non ?

Je questionne rapidement mon cerveau. Alors tout ceci était un cauchemar ? J'inspire profondément et essaie de comprendre.

Oh, je me rappelle. Je ne sais pas comment, mais hier je me suis perdue sur des sites parlant de pertes blanches et consort. Pendant longtemps j'ai cru que j'étais malade, mais trop mal à l'aise pour demander à quiconque, j'ai enfin eu l'intelligence de Googler mon inquiétude.

Les résultats de recherche étaient plutôt rassurants. Je n'étais pas malade. C'était un phénomène biologique totalement normal. Quoique stigmatisant à cause du tabou autour. Puis, en fouillant plus loin, je suis tombée sur les infections vaginales et leurs manifestations. Je crois avoir eu très peur quand les odeurs ont été mentionnées et que cette crainte ne m'a pas quittée. 

Puis, je n'ai pu me coucher qu'aux environs de quatre heures pour me reveiller à cinq heures trente. Quand j'y pense...

— Dis Cindy, t'as aussi des pertes blanches ?

Note de l'autrice : Ceci est un texte pour dire aux filles, les pertes blanches c'est normal. Et ne psychosez pas dessus comme notre héroïne.🏂

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