Here We Are Écriture Thérapeutique

Je déteste être touchée.

11 octobre 2021

— Enchanté de faire votre connaissance.


Quand sa main rentre en contact avec la mienne, je reçois une décharge électrique dans tout le corps et retire ma main précipitamment.

Ce n'est pas le genre de décharge décrit dans les livres que je lis, où les protagonistes qui finiront par avoir une histoire romantique, ont dès le début cette sorte d'alchimie physique, cet appel des corps décrits par les auteurs. Ou cette attirance, voire ce besoin de se toucher qu'ils ne peuvent s'expliquer.

Non. Pour moi, c'est plus un mélange entre le dégoût et le mal-être. Le genre de frissons qui vous parcourt quand vous avalez mal un médicament trop amer, le genre de décharge qui vous parcourt quand vous piétinez du caca par accident.

Et ce n'est pas contre lui. Je déteste juste être touchée. Aussi simple que ça ? Non plus. Je ne sais pas trop pourquoi mais mon cerveau et le toucher ne font pas bon ménage.

J'essaie de cacher ma gêne, tout en me retenant de ranger mes mains dans les poches de mon pantalon.

Pour la énième fois de la journée, je suis frustrée. Frustrée que personne n'ait pris en compte mon hésitation quand ils me tendent la main. Que personne n'ait remarqué la tension dans mon corps, quand par dépit, ou plutôt obligée, j'ai fini par tendre une main hesitante que je serre dans la leur avant de la retirer le plus vite possible.

J'en ai marre. Marre de devoir ne pas paraitre bizarre à cause de cette espèce de phobie. Marre de devoir feindre d'être normale, de devoir feindre que "comme tout le monde", un câlin, des mains qui se serrent, quelqu'un qui passe la main sur mon épaule, ou des jambes qui se touchent inconsciemment ne me dérangent pas. Cela me dérange. Cela me tue à petit feu.

Je ne vais pas crier sur tous les toits "Je déteste qu'on me touche !" quand même ! Mais pourquoi personne ne voit mes appels à l'aide ? Pourquoi peu, si peu de gens prennent en compte mon malaise ? Et pourquoi sont-ils si tactiles bon sang de bon Dieu ? Que leur coûte-t-il de garder leurs mains, leurs bras, leurs jambes, leurs corps pour eux ? Que leur coûte-t-il de juste me dire bonjour et de s'arrêter là ? Me serrer la main changera-t-il la nature des salutations ?

Et puis merde, on est au temps du Coronavirus. Quelqu'un pour respecter les mesures barrières ? Ou faire semblant ? Hum ? Personne ? Super.

Je souffle comme un buffle. Mon cerveau surchauffe. 

À force de penser les mêmes choses chaque fois que ce genre de choses se produit, j'ai fini par m'y faire. C'est une fatalité. Si je ne leur dis pas, ils ne sauront pas. Et si je leur dis, ils pourraient mal le prendre, trouver que j'exagère ou ne pas me croire. Ils vont peut-être s'en foutre. Et puis, je n'aime pas en dire trop sur moi à trop de gens. Ce genre de choses est intime.

Alors, je vais supporter. Les éviter aussi mais je vais supporter. Je joue bien la comédie depuis si longtemps, rien ne me coûte de continuer. Oui ma fille, tu peux le faire ! T'es une warrior.

Une warrior au bord du craquage des nerfs, mais une warrior quand même.

— Ils ne savent pas, donc tu ne peux pas les détester, je crois, me dit ma conscience

— Tu as peut-être raison...

— Et tu n'as pas envie de le crier sur tous les toits.

— Tu n'as pas tort.

— Voilà.

— Alors tu vas supporter ?

J'esquisse un sourire de dépit. Je suppose que je n'ai pas le choix. Je dois continuer à travailler à ne pas griller ma couverture. Celle de la fille lambda pas si lambda mais lambda quand même.

— Ils te trouvent déjà assez bizarre comme ça.

— En effet.

— Si tu en rajoutes une couche, ils pourraient ne pas supporter.

— Dommage hein, réponds-je à ma conscience.

— Et puis, nous savons que peu d'entre eux comprendront vraiment. À moins de souffrir du même "mal". Mais est-ce un mal au fait ?

— Pas vraiment. Je l'aime bien. Je m'en accommode. La seule chose que je trouve peut-être insupportable c'est ceux qui ignorent delibérément le fait que je ne veuille pas alors que je suis claire.

— Tu penses qu'on devrait étendre la notion de consentement à ce niveau ?

— Ce serait une bonne idée, qui m'arrangerait et beaucoup d'autres.

— Mais ce n'est pas réaliste, réalise ma conscience.

— Mouais, dommage. On aura essayé. Tu vas mieux ?

— Je dirais oui ? Ou non ? Je suis résignée. Je vais survivre.

— Oui tu vas survivre, me dit ma conscience.

Ma conscience a toujours raison alors oui, je vais survivre.


Note de l'autrice : j'ai écrit ce texte pour moi-même. Vous pouvez tirer vos conclusions. Woah ça fait un bien fou d'en parler comme ça. 

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